WILSON (A.)


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WILSON ANGUS (1913-1991)

Doué d’un sens de l’humour féroce, admirablement servi par un don d’observation sans complaisance et par une clairvoyance psychologique redoutable, Angus Wilson cache sous les dehors pétillants d’un homme d’esprit la gravité profonde d’un moraliste: il faut en chercher l’origine dans le contexte familial dans lequel l’écrivain passa son enfance et qu’il décrivit dans un livre autobiographique, The Wild Garden (1963).

Wilson, qui est de treize ans le benjamin d’une famille de six enfants et dont le père fut le type même du vieux bouffon un peu pathétique que l’on retrouve dans beaucoup de ses livres, et la mère originaire d’Afrique du Sud, une femme obsédée par la conscience de sa classe — en dépit (ou peut-être à cause) d’une situation financière peu brillante —, vécut une enfance errante dans l’instabilité de modestes hôtels et de pensions de famille successifs. C’est là qu’il côtoya tout ce milieu de gens pauvres mais dignes dans leur hantise de sauver les apparences envers et contre tout qu’il a brillamment dépeint dans son premier recueil de nouvelles, The Wrong Set (1949, Saturnales ).

Cette enfance solitaire et déracinée explique certaines des préoccupations fondamentales de Wilson: sa notion de classe d’abord, présente dans tous ses livres et qu’il exprime en d’admirables satires sociales; nul mieux que lui n’a su décrire avec autant de mordant l’absurdité, la vanité et le ridicule des classes sociales anglaises qui servent de toile de fond à la plupart de ses romans: Les Quarante Ans de Mrs. Eliot (The Middle Age of Mrs. Eliot , 1958) et En jouant le jeu (No Laughing Matter , 1967) sont à cet égard de purs chefs-d’œuvre, dans la lignée de George Eliot, Dickens et Waugh.

L’autre préoccupation constante que l’on trouve également chez cet écrivain éminemment sceptique est l’imperfection des relations humaines, en général, et familiales, en particulier: il n’y a pas de familles heureuses dans l’œuvre de Wilson, pas plus qu’il n’y a de générosité ni d’authenticité dans les rapports sociaux qu’il décrit; la haine l’emporte sur l’amour, l’ennui sur l’intérêt, le mépris sur l’admiration dans un monde où la vanité et l’égoïsme ne sont que le reflet de l’instinct de cruauté profondément ancré en chacun de nous. Or, Wilson l’admet, cet instinct le fascine, l’attire même parfois: c’est sans doute la raison pour laquelle on trouve presque toujours dans ses livres toute une galerie de personnages décevants par leurs vices et leur médiocrité, homosexuels dérisoires, idéalistes de gauche ratés, savants excentriques et floués qu’il dépeint avec la férocité d’un humoriste un rien sadique; on songe à Clun et Rose Lorimer de Attitudes anglo-saxonnes (Anglo-Saxon Attitudes , 1956) ou encore à Hamo Langmuir de Comme par magie (As if by Magic , 1973).

Mais au-delà de cette peinture sociale railleuse, satire mordante d’un monde médiocre sinon pathétique, le dessein de Wilson est celui d’un moraliste: profondément marqué par une crise nerveuse qu’il eut en 1944 et qui le plaça, dit-il, en face de lui-même, Wilson centre tous ses romans sur le thème de la réalisation existentielle de leur personnage principal qui, comme lui, connaît toujours un moment de vérité au cours duquel il se voit tel qu’il est; ainsi Bernard Sands, dans La Ciguë et après (Hemlock and After , 1952), comprend, mais trop tard, qu’il a vécu toute son existence en se trompant lui-même, ou encore cet émouvant roman, L’Appel du soir (Late Call , 1964), qui a pour sujet la prise de conscience spirituelle d’une femme d’âge mûr. Embraser le monde (Setting the World on Fire , 1980) raconte les destinées discordantes de deux frères dont les personnalités s’opposent à l’image des deux styles (classique et baroque) en conflit dans l’architecture de leur demeure familiale.

Écrivain très fécond, Angus Wilson est aussi l’auteur de pièces de théâtre, de biographies littéraires sur Zola (1950) et Dickens (1970), et de plusieurs volumes de nouvelles.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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